Etude des pratiques enseignantes et formation des maîtres
Les recherches prévues sur ce thème amènent à distinguer plusieurs sous-thèmes même si les chercheurs des sous-thèmes interagissent fréquemment.
Les pratiques des enseignants du secondaire
Un premier projet de mathématiques amène à exploiter systématiquement et sur beaucoup de vidéos la méthodologie déjà mise au point, pour analyser plus avant les activités des élèves en relation avec celles des enseignants et la formation de ces derniers. En particulier, nous envisageons d’explorer des questions liées à la Zone Proximale de Développement des élèves et à la manière d’en tenir compte dans l’enseignement. L’enjeu pour l’enseignant est de réussir à ce que les élèves transforment leurs actions en activités mathématiques, leurs connaissances fragiles, voire transitoires en connaissances mobilisables, si ce n’est disponibles. Il s’agit d’analyser comment l’enseignant peut jouer sur, installer puis consolider les dialectiques nécessaires entre sens et techniques, entre mémorisation et raisonnements, tout en s’intégrant dans l’inévitable dialectique individuel/collectif. Un certain nombre d’études anglo-saxonnes qui mettent en avant un enseignement « centré sur l’élève » interrogent également d’une certaine manière ce type de dialectiques, dans la mesure où non seulement les tâches sont conçues pour faire travailler les élèves dans une certaine autonomie (cf. paradigme piagétien) mais encore les déroulements organisés par les enseignants sont pensés pour « coller » au plus près aux élèves (cf. ZPD des élèves). De notre point de vue, l’enseignant peut jouer sur les combinaisons de plusieurs variables, les tâches proposées (nature et quantité), en relation avec la nature des contenus visés, la nature du travail demandé aux élèves, mais aussi, plus finement, les exemples et contre-exemples, particuliers ou génériques, les commentaires (dont les analogies et les métaphores, particulièrement étudiées par certains chercheurs européens), les évaluations, bilans et aides, plus ou moins décontextualisés, et ceci à différents moments du travail des élèves, plus ou moins adaptés au travail en cours. Les aides constructives des enseignants, étudiées par M. Pariès s’inscrivent dans ce paysage. La thèse d’Aurélie Chesnais s’inscrit directement dans cette problématique.
En sciences physiques, les recherches en ce domaine mettent en évidence la diversité des composantes susceptibles d’intervenir dans l’élaboration des pratiques d’enseignement (voir Méheut 2006, rapport Eurydice sur l’enseignement des sciences en Europe). Un regard croisé des deux disciplines sur une même problématique permettra d’affiner les méthodes d’analyse, voire d’unifier certains cadres théoriques. Plusieurs orientations sont envisagées. Elles s’inscrivent dans la continuité des travaux existants :
- Analyser les réactions d’enseignants face aux propositions issues de la recherche en didactique (séquences d’enseignement intégrant les idées et des difficultés des élèves, les TICE, des éléments d’histoire des sciences, etc.)
- Analyser les pratiques « spontanées » (suite à un changement de programme par exemple). Dans cet esprit, le travail sur la mise en place de la « démarche d’investigation » initié à partir de la thèse de Stéphanie Mathé sera poursuivi.
- Concevoir et évaluer des outils de formation d’enseignants du premier et du second degré autour de modalités d’enseignement particulières.
Les recherches sur la formation
Prolongeant la perspective précédente et utilisant la méthodologie évoquée plus haut, B. Grugeon analyse les évolutions de pratiques d’enseignants débutants, en relation avec les formations reçues. Il n’est pas exclu qu’une problématique analogue à celle qui est proposée pour les élèves puisse être construite pour les pratiques, entre activités constructives et productives, si toutefois on peut transposer à ce domaine du développement l’idée d’une ZPD. L’objectif est d’étudier ce qui peut contribuer à installer, voire accélérer, les transformations d’actions du professeur débutant ou en formation en activités, voire en schèmes, que ce soit en formation initiale ou non. Là encore le formateur peut jouer sur la combinaison de plusieurs variables, dont la nature des tâches proposées, le caractère plus ou moins collectif du travail organisé sur les pratiques, les commentaires et bilans à en tirer, le moment où interviennent les commentaires et aides et qui les faits. Enfin, le groupe qui travaille sur les scénarios d’accompagnement des professeurs débutants en primaire ZEP continue ses recherches en leur donnant notamment une dimension plus quantitative permettant d’affiner encore les possibilités d’améliorer les apprentissages des élèves et les conditions d’exercice du métier.
Le travail de l'élève en classe et à la maison
Une des perspectives de recherche envisagées est de chercher à mieux comprendre les processus de différenciation : qu’est-ce qui fait qu’un élève apprend mieux, réussit mieux qu’un autre dans un système didactique donné ? (travaux sur l’influence de l’origine sociale, sur l’influence de la motivation). Les élèves sont par ailleurs abordés en tant qu’acteurs. Ce sont leurs activités aux différents niveaux du processus didactique qui nous intéressent : en tant que résolveur de problèmes dans les phases a-didactiques, en tant que sujet interagissant avec le professeur et avec ses pairs dans les phases didactiques ; enfin, quand l’élève prolonge le processus d'étude en relative autonomie avec l'idée d'élèves auteurs de leur formation ou en partie en charge d'une responsabilité auto-didactique. (travaux sur les situations de Problèmes pour chercher, sur la prise de notes, les discussions entre élèves en classe, sur le travail à la maison). Nos travaux s’intéressent aux différents dispositifs didactiques existants, de la classe aux cours particuliers, au travail assisté par tutoriel par exemple et plus généralement aux différents dispositifs d’aide à l’étude. La définition d’un projet commun plus restreint est à envisager à moyen terme. Il pourrait être centré sur une réflexion d’ordre méthodologique.
Pratiques de formateurs et pratiques de formation
Ce groupe a été constitué suite à l'engagement de plusieurs membres de DIDIREM dans des travaux autour des pratiques de formateurs et parfois de « savoirs » de formation. Il se situe dans le prolongement de la démarche qui a amené certains chercheurs du thème principal à mettre en chantier les relations entre enseignement et apprentissage à partir des activités des élèves et des professeurs, et tente d'explorer la question de la formation des pratiques enseignantes. Il s'est défini comme premier objectif l'exploration et la construction d'outils et de cadres théoriques, pour analyser les pratiques de formateurs du premier et du second degré et les pratiques de formation initiale et continue. Les premières réunions se sont articulées autour d'études bibliographiques et de clarification de certains concepts communs aux divers travaux des membres du groupe.